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Dans les coulisses du quotidien : le rôle des pharmaciens de l’Yonne auprès des seniors

14/06/2026

Pourquoi pousser la porte de la pharmacie n’est plus anodin après 70 ans

À Ravières, et partout dans l’Yonne, la pharmacie dépasse depuis longtemps la simple délivrance de « boîtes ». C’est l’un des rares lieux où l’on entre sans rendez-vous, où l’on discute, où l’on peut revenir dans l’heure si un doute subsiste. Quand on avance en âge, ce point d’accès devient absolument stratégique.

Dans mon quotidien, accompagner des familles à la pharmacie, observer ces petits rituels, m’a fait prendre conscience que, pour beaucoup, le pharmacien reste le premier « guichet santé ». Mais qu’y fait-il vraiment pour les personnes âgées ? Que propose-t-il en matière de suivi et d’accompagnement ? Et comment faire pour en tirer pleinement parti ?

  • 1 senior sur 3 dans l’Yonne a plus de 65 ans (chiffres INSEE 2023).
  • En 2023, l’Ordre des pharmaciens recense près de 150 pharmacies dans le département.

Voici un panorama de ce qu’il est possible d’attendre (et de demander) dans nos villages et petites villes, mais aussi ce qui peut, selon moi, encore être facilité pour les familles et les aidants.

La pharmacie : un pilier local pour rompre l’isolement et structurer le parcours de soins

  • Conseil sur le bon usage des médicaments
  • Dépistage et prévention : rôle clé dans les campagnes locales
  • Mise en place de dossiers pharmaceutiques informatisés
  • Coordination discrète mais réelle avec les médecins, infirmiers et services sociaux

Depuis la création du Dossier Pharmaceutique (DP), chaque pharmacien peut, avec votre accord, rassembler l’historique des traitements délivrés : un vrai filet de sécurité pour éviter les interactions ou oublis, surtout lorsque plusieurs prescripteurs sont impliqués (source : Assurance Maladie, 2023).

Ce qui change concrètement pour les personnes âgées

  • La pharmacie participe au repérage des petits signaux d’alerte (fatigue inhabituelle, difficulté à gérer ses piluliers, renouvellements d’ordonnances anticipés).
  • Un pharmacien peut appeler directement un médecin prescripteur en cas de doute ou d’anomalie.
  • Le pharmacien conseille sur la bonne utilisation, mais aussi sur l’arrêt raisonné (déprescription, souvent discutée en équipe gériatrique).
  • Une écoute particulière pour les aidants : questions sur la compatibilité des traitements avec le quotidien, les risques de chute, le sommeil, la mémoire.

Services proposés dans les officines de l’Yonne

ServiceCe que ça apportePrixAdresse/contact
Revue de médication personnalisée (bilan partagé) Analyse approfondie des traitements, détection des interactions ou des redondances Gratuit pour les +65 ans sous polythérapie, sur rendez-vous médical Pharmacie des Promenades, Avallon – 03 86 34 21 15
Préparation de piluliers sécurisés (type Pfizer Pack ou pilulier hebdo personnalisé) Facilite l’observance, réduit les erreurs et les oublis Variable, de 0 à 15€ la semaine (selon prise en charge mutuelle/APA) Pharmacie Vitteaux, 03 80 33 00 78
Dépistage de la tension, du diabète, vaccinations Suivi régulier sans passer par un cabinet médical Entre 3 et 8€, souvent remboursé Réseau Yonne Pharmacies – liste sur pharmacies-yonne.fr
Accompagnement à distance (télépharmacie, rappels SMS ou appels pour renouvellement) Prévient les ruptures de traitement, utile pour familles éloignées Gratuit à ce jour sur demande Contact en pharmacie locale

À retenir :

  • Pensez à demander si la pharmacie propose le pilulier : ce service change la vie quand la gestion des boîtes devient compliquée.
  • Chaque pharmacie a sa « patte » : certaines misent sur l’écoute, d’autres sur la technologie, repérez celle qui ressemble à votre besoin.
  • Tous les pharmaciens de l’Yonne peuvent coordonner avec les équipes médicales locales (mais c’est souvent à la demande... d’où l’intérêt de poser la question).
  • N’hésitez jamais à évoquer, même à voix basse, une situation délicate : usage inadapté, surconsommation, isolement, difficultés pratiques.

D’observateur à acteur : le dépistage précoce et la prévention « en bas de chez soi »

Les campagnes de vaccination (grippe, COVID) ont changé la donne : désormais, plus besoin d’aller en cabinet pour se faire vacciner, et ce dès 60 ans. Avant toute épidémie, les pharmacies de Tonnerre, Migennes ou Chablis invitent les « patients fragiles » (auxiliaires de vie inclus) à vérifier leurs carnets de santé.

Le dépistage de l’hypertension, du diabète, ou certaines animations ponctuelles (tests mémoire lors de la Semaine Bleue, par exemple) sont l’occasion de repérer un début de fragilité. Les familles l’ignorent souvent : un chiffre : 70 % des hypertendus découverts en pharmacie n’avaient pas de suivi avant (source : Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France).

  • Des conseils tout simples, ajustés à la réalité : signaler, par exemple, que « maman oublie sa tension deux fois sur trois » peut inciter le pharmacien à proposer un suivi spécifique, avec carnet ou rappel téléphonique.
  • La majorité des pharmacies rurales acceptent sur demande de garder quelques coordonnées de proches à contacter en cas d’urgence ou d’absence inhabituelle.

Comment faire pour bénéficier du suivi en pharmacie ?

  1. Prendre contact avec la pharmacie habituelle et demander un « rendez-vous de revue de traitement », de préférence avec le professionnel titulaire.
  2. Avoir sous la main la dernière ordonnance et la liste des médicaments pris, y compris les compléments alimentaires (important pour éviter les interactions).
  3. Signer l’accord pour le Dossier Pharmaceutique (DP) si cela n’a jamais été fait.
  4. Demander si des services de pilulier ou d’aide à domicile via la pharmacie existent.
  5. Parler ouvertement de ses attentes : organisation, rappels, présence d’un aidant, etc.

À qui téléphoner ?

  • Pharmacie de Ravières : 03 86 55 20 97
  • Maison de Santé Auxonne : 03 80 37 90 25 (coordination avancée gériatrique)
  • Service d’accompagnement de l’ARS Bourgogne-Franche-Comté (pour la médiation ou la plainte) : 03 80 41 41 41 (ARS bfc)

Limites et axes d’amélioration : ce que l’on peut (encore) demander

Clarté et transparence : on a vu émerger dans certaines pharmacies du département une vraie dynamique vers la personnalisation des suivis (fiches familles, rappels hebdomadaires, carnets de liaison papier pour les aides à domicile…).

Mais ce n’est pas partout pareil : selon la surcharge, la taille ou la composition de l’équipe, ces initiatives reposent parfois sur « l’énergie du titulaire ». Certains aidants regrettent : « On aimerait un suivi automatique, même en cas de changement de pharmacie ou d’hospitalisation. Ça se perd dès qu’on s’absente une quinzaine. »

  • L’interconnexion avec les autres professionnels (infirmiers, médecins traitants, équipes mobiles gériatriques) est encore inégale selon les territoires (source : retour du réseau GD « Prévention Ruralité 89 »).
  • Côté coût, le service pilulier n’est pas toujours pris en charge (APA ou mutuelle à vérifier).
  • Le pharmacien peut proposer une « lettre de transmission rapide » après un repérage de risque, mais c’est encore peu structuré en dehors des réseaux gérontologiques (Réseau CLIC, etc.).

À retenir :

  • Demander systématiquement ce qui existe comme services « mémoire » ou accompagnement en pharmacie : des surprises sont possibles, y compris en milieu rural.
  • Faire consigner dans le Dossier Pharmaceutique tous les traitements, même « les petits compléments naturels ».
  • Penser à la « carte patient senior », proposée par certaines pharmacies de l’Yonne, pour centraliser ordonnances, numéros d’urgence et rappels de rendez-vous.
  • Les pharmacies sont de plus en plus partenaires des actions sociales locales : ateliers prévention des chutes, journées santé mémoire, etc.

Ressources, lexique et documents utiles pour familles et aidants

Lexique :

  • Polythérapie : la prise de 5 médicaments différents (ou plus) de façon régulière.
  • Dossier Pharmaceutique (DP) : carnet électronique de tous vos médicaments retirés en pharmacie, consultable par un médecin ou un pharmacien (avec consentement).
  • Pilulier : boîte compartimentée préparée à l’avance, pour faciliter la prise quotidienne.
  • Équipe mobile gériatrique : professionnels qui se déplacent pour organiser ou réévaluer les soins adaptés selon l’état de la personne âgée.

Pour aller plus loin : la pharmacie comme trait d’union entre autonomie et sécurité

Ce que j’observe dans l’Yonne, c’est que le réseau de proximité, quand il fonctionne, rassure, simplifie et peut même prévenir les hospitalisations « évitable » (oubli de traitement, chute évitable, etc.).

À tous les seniors et familles hésitants : passez la porte, posez vos questions, osez demander un bilan, même pour « voir ». L’expérience montre que, bien souvent, le pharmacien a déjà repéré ce qui vous semble invisible (petites difficultés, changements d’allure ou de ton…). C’est un maillon discret, mais précieux du parcours de soins, au même rang que le médecin traitant ou l’aide à domicile.

Cette vigilance bienveillante, accessible sans rendez-vous et localement, est à cultiver et à réclamer là où elle manque. Les exemples de Ravières, Avallon ou Saint-Florentin montrent que, collectivement, on peut structurer une prévention vraiment adaptée à la réalité de la vie sur le territoire.

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